Je me suis levé trop tôt. Un chat grattait à la porte de la chambre. J’ai regardé l’heure, demain il faudra que je lève aussi tôt. Demain, retour à la vie normale, au boulot.
Ça m’arrangeait d’être debout de bonne heure, puisque depuis quelques jours mon horaire, mon horloge interne, était complètement débalancé. Ça va avec les vacances, avec les fêtes, c’est normal, mais tout de même, c’est embêtant. Sans mes chats je dormirais sans doute encore et demain, j’aurais eu du mal à me lever.
Beaucoup de café, un film plus tard, quelques pages feuilletées et me voilà devant mon clavier. Il faut que j’écrive. Il faut que je brise ce sort qui fait qu’à la centième page j’ai arrêté d’écrire un roman qui pourtant s’écrivait tout seul, qui me semblait pourtant prometteur. Il faut que je cesse d’avoir peur. J’écris ce billet pour me dégourdir les doigts, pour retrouver un semblant de souffle, pour reprendre confiance.
Je ne me souviens même plus où j’en étais, j’ai une vague idée seulement. Je me souviens des personnages, je me souviens de la fin imaginée, je me souviens de quelques rebondissements qu’il me restait encore à écrire, mais comme à chaque fois où j’ai baissé les épaules, j’ai peur de ne pas retrouver le même ton, le même style. Surtout que mon état d’esprit a changé depuis, je ne suis plus dans le même marasme sentimental qui m’avait poussé à commencer cette histoire.
Je vais relire quelques chapitres, m’installer sur le divan et lire un peu de Djian, pour me remettre dans le bain. J’ai commencé à écrire avec ma lecture d’Assassins, puis j’ai continué tout le long de Criminels, puis quelque part au milieu de Sainte-Bob, j’ai arrêté. La lecture et l’écriture. Le roman est à côté de mon clavier depuis, comme pour me rappeler qu’il faut que j’y retourne. Sainte-Bob ce sera, avec un peu plus de café.
Hier, j’ai lu Lui, de Djian, sa pièce de théâtre. Ça m’a donné le goût d’écrire une pièce de théâtre, Djian me fait cet effet. Si je lis ses nouvelles, j’ai envie d’écrire des nouvelles, si je lis son essai, j’ai envie d’écrire un essai et toujours, au fil de ses mots, je caresse le rêve d’un jour m’arrêter, prendre le temps d’écrire un grand dictionnaire de l’œuvre de Djian.
Ce dictionnaire ferait la liste de ses personnages, de ses lieux, de ses évènements. Par cette recherche, par ce travail, je voudrais pouvoir comprendre, mettre des mots sur ce que je ressens, sur cette logique, sur ce fil conducteur entre toutes ses œuvres. Parce qu’il y a un fil, il y a une logique, une évolution, mais rien de ce qui a été écrit sur lui ne m’a convaincu que quelqu’un y comprend quoi que ce soit. Il y a ces noms qui se répètent, ces anecdotes reprises d’un roman à l’autre, il y a cet autoréférencement subtil, il y a ces personnalités qui sont les mêmes, collées aux prénoms. Il faudra que j’écrive ce livre, un jour. Un recueil d’aphorismes pourrait être bien, aussi.
Bref, j’ai réussi à m’atteler au clavier et me voilà angoissé, mais prêt à plonger. Il ne me reste plus qu’à retrouver le souffle.
Mais déjà, je sens une petite voix m’aimer à l’oreille.
