jeudi 30 avril 2009

Rectification : Pandémie discutable ou raison qui s’en va au diable

En finissant le boulot, je suis passé chez le mexicain pour me taper des Fajitas au Porc, question de profiter de ces jours de congé distribués à la volée dans les grandes entreprises québécoises ces jours-ci. J’ai même embrassé la caissière pour avoir des chances d’attraper une quelconque fièvre, elle était rousse et n’avait rien d’une mexicaine, mais je n’ai pas voulu prendre de chance. Rien, ça ne m’a pas fait ni chaud ni froid ; difficile dans ces conditions d’attraper une grippe.

De retour chez moi, j’ai voulu regarder mon portefeuille d’actions (titanesque, il va sans dire). Celui-ci s’est allégé au niveau des transporteurs aériens, mais s’est alourdi d’autant du côté de la pharmaceutique. Rien ne se perd, rien ne se créé dans le monde merveilleux de la finance. Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Et Pierre qui tousse donnera la frousse.

Je me suis relu parce que j’avais quelques secondes à perdre, disons simplement que je suis retourné lire mon long billet d’hier. Aujourd’hui j’ai la réponse. Effectivement, le terme "grippe porcine" est honni au pays du roi David. On y préfère le terme "grippe mexicaine ". Dans l'Union européenne, pour ménager les sensibilités des producteurs porcins (ce ne sont pas les producteurs qui sont porcins, mais leurs produits, à ne pas confondre avec le Boursin qui lui est simplement cochon) on a choisi "grippe nord-américaine". On apprenait justement récemment que Sarkozy a pris Obama en grippe… Finalement, aujourd’hui l’OMS a tranché pour le joli nom poétique : A/H1N1.

Finalement, j’étais tranquillement en train de travailler sur ma liste de préparation pour mon futur voyage dans le sud quand ma table Ikea, sur laquelle j’étais installé, s’est mise à frétiller.

Quoi encore ?

« Non mais, c’est ça. Tu t’en vas dans le sud, en pleine pandémie, qui va s’occuper de toi ? Qui va s’assurer que… »

Que quoi ?!, je l’ai interrompue, parce qu’elle commençait à me les gonfler. Elle a beau être belle, être toujours à quatre patte et disponible pour moi, y’a des limites.

« Que… »

Elle s’est mise à rougir.

« Dis, tu m’emmènes ? »

Bien sûr. Surtout que maintenant nous avons la chance d’avoir notre premier cas confirmé de A/H1N1 ici même, les foules vont se précipiter pour aller voir le cadavre, il y aura des tours guidés de sa maison, on parle de faire la Star-Épidémie à l’automne…

Je ne voudrais pas voir ça. Je n’imposerais pas au moindre meuble.

Même s’il venait de chez Structube.

mercredi 29 avril 2009

Pandémie théologiquement discutable

Alors qu’on confirme 2 cas de grippe porcine en Israël. Il me vient une question…

La grippe porcine, pour un juif ou un musulman, est-ce grave? En théorie, le porc est interdit…

mardi 28 avril 2009

Une petite fille en pleurs, dans une ville en pluie et moi qui coure après*


Ma mère m’a toujours dit qu’il est mal de faire pleurer une femme, que ça ne se fait pas. Aujourd’hui, j’ai fait de la peine à une femme, en ai fait pleurer une autre, en plus de faire de la peine à mes deux chattes.

Pixelle et Mademoiselle Coco (mes chattes) ont été exclues de mon horaire chargé d’écriture alors que j’occupais mon rétablissement (une vilaine grippe, digne du porc que je suis). Je les ai négligées, pauvres petites. Elles n’ont même pas pu aller sur le balcon pour prendre l’air frais. J’étais si occupé à vivre ma saga littéraire que je n’ai pas pensé à elles.

Allez les filles, cessez de me faire la gueule, je vais vous faire un câlin. Voilà.

J’ai aussi fait pleurer ma table Ikea, qui en revenait pas que j’ai osé écrire ceci. Surtout que j’avais les pieds posés sur elle alors que je m’offrais sans gêne le plaisir de lire. Finalement, j’ai quelque peu chagriné celle à qui je voulais rendre hommage. C’est dommage.

« Et moi qui coure après, au milieu de la nuit / mais qu’est-ce que je lui ai fait ? Une petite idiote/ qui me joue la grande scène/ De la femme délaissée »*

Et merde, ca m’apprendra. Ça m’apprendra à vouloir toucher les étoiles. Y’a probablement un conte, une légende qui pourrait illustrer d’une belle métaphore mon expérience désastreuse. Je me suis forcé pour trouver les mots justes, je les ai trouvés, mais sans le vouloir, j’ai déclenché autre chose.

J’écrivais ici même « Allez savoir ce que ça changera à sa vie. Je sais déjà ce que ça change à la mienne. » Aujourd’hui, je sais ce que ça a changé à sa vie, un billet.

Mais peut-être que comme Brassens, dans sa chanson « Stance à un cambrioleur », elle ne m’en voudra pas trop et me dira (sans m’écrire) « Et pas trop de remords, d'ailleurs nous sommes quittes/ Apres tout ne te dois-je pas une chanson ».

Je lui dois trois billets, elle un. Mais c’est ok, je ne cherche pas la réciprocité.



*Nougaro, Une petite fille en pleur

P.s. Mise à jour : finalement, il semblerait que je n'avais pas été si mal compris. Je lui ai répondu en commentaire et elle m'accorde le bon sentiment voulu à la base. Fin de saga.

lundi 27 avril 2009

On m'a offert Djian manuscrit

Vous le savez, vous vous en doutez, vous l'avez toujours su : je suis un admirateur de Djian, Philippe Djian, écrivain de son métier. J'ai pratiquement lu toutes ses œuvres, plusieurs fois certaines, trop souvent d'autres, pour autant que l’on puisse trop lire un bon bouquin.

Je me suis offert des premières éditions, des éditions de collection, j’ai certains titres en double, d’autres en triple. Je connais des passages par cœur, des dialogues, des personnages. J’ai écrit des critiques, des cris du cœur sur ses écrits, bref, je suis un admirateur. Pour Djian, mon applaudimètre n’est jamais en panne.

Depuis des années, je suis à la recherche d’un Djian introuvable : Bram Van Velde. En fait, il n’est plus édité sous ce nom, désormais il s’appelle « Il est dit que c’est difficile », aux éditions Flohic, seulement disponible sur commande outre-Atlantique, avec un prix de fou, surtout un coût de transport prohibitif.

Et voilà, je viens d’en recevoir le premier chapitre, manuscrit. Attendez, ne vous excitez pas si vite, il ne s’agit pas d’un manuscrit de la main de Djian lui-même, mais c’est aussi bien. On m’a retranscrit le premier chapitre à la main, d’une écriture aux nombreuses arabesques. Vous savez quoi? Djian n’en est que meilleur. Son souffle, son style, prend une forme humaine, encore plus près de mon cœur. Je ne croyais pas que c’était possible.

On me promet les autres chapitres et j’attendrai patiemment, parce que j’ai attendu déjà si longtemps que j’avais cessé d’y croire.

Essayez. Prenez un chapitre d’un livre que vous aimez, retranscrivez-le à la main, offrez-le. La magie est assurée.

Aujourd’hui, je suis ensorcelé.

N’écoute pas les idoles, écoute moi


Vous en avez des idoles ? De ces personnalités qui vous touchent, vous transportent et vous font grandir ? Moi, j’en ai des tonnes, des masses, des quantités. J’en ai pour tous les jours de l’année et même davantage. J’en ai des ronds, des carrés, des rouges et des bleus. J’en ai tant qu’il m’est impossible de me consacrer à un(e) seul(e). Je suis un polygame de l’admiration. J’admire tous azimuts, à 360°, je pratique l’admiration intégrale. Je cultive mon idolâtrie comme d’autres cultivent leur indifférence.

J’admire et vénère, le mot n’est pas trop fort, quelques écrivains, quelques cinéastes, des journalistes, des politiciens, des musiciens, des artistes de tout acabit, des scientifiques, des entrepreneurs, des chroniqueurs, des blogueurs, des curieux mammifères et des conifères heureux.

Malgré tout, je ne suis pas aveuglé par mon admiration et celle-ci ne me pousse jamais à faire des choses qui ne seraient pas normales de faire si l’objet de mon admiration n’était pas lui-même. Bref, je ne suis un groupie frénétique, un fan inquiétant, un admirateur un peu collant. Non, je ne suis pas personnellement tenté de rencontrer l’admiré(e), quoi qu’il m’arrive d’en rêver.

Un jour, peut-être, Djian lira un de mes écrits. Peut-être même que j’aurai la chance de prendre un verre en sa compagnie et de discuter avec lui de ses œuvres et qui sait, des miennes. Ça reste dans le domaine du possible. Sinon ? Renaud à la rigueur, Beigbeder sans doute et voilà tout. Voilà tout pour les rencontres, pour les rencontres seulement, car voyez-vous, j’ai écrit à une idole, en fait j’ai écrit sur elle et lui ai fait parvenir le lien pour se rendre sur ledit écrit. Et mon idole m’a répondu.

Je suis triste que ce soit un courriel, parce que je l’aurais fait encadrer, mais là, en caractères numériques et impersonnels, ça n’a pas la même valeur, ou si ? J’ai senti mon cœur battre dans ma poitrine en lisant sa réponse, je l’ai relue et relue et ses mots ont été comme un baume à mon esprit. Je sais donc lire, et écrire. Je sais toucher et j’ai touché. Gotcha.

Elle a même signé du surnom que je lui ai donné.

Voilà, quelque part dans l’existence d’une de mes idoles j’ai provoqué un sourire, un sentiment positif. Allez savoir ce que ça changera à sa vie. Je sais déjà ce que ça change à la mienne.

samedi 25 avril 2009

Fétichisme littéraire

J’ai récidivé. J’ai de nouveau acheté un livre que je possède déjà. De plus, il s’agit d’un livre que j’ai lu une bonne douzaine de fois, minimum. J’en connais de longs extraits par cœur. Je l’ai relu il y a un peu plus d’un mois, pour la troisième fois en moins d’un an et quand je l’ai refermé, je l’ai recommencé. Ce livre, je l’aime tant que je me suis inspiré de son titre pour baptiser ma boîte de production.

J’ai donc de bonnes raisons de vouloir l’avoir sous la main en tout temps, voir même d’en avoir une copie de rechange, mais ce n’est pas pour aucune de ces raisons que je l’ai acheté; je l’ai acheté par pur fétichisme.

Pour beaucoup, dont certains d’entre vous j’en suis convaincu, le livre a un statut privilégié au sein de vos possessions terrestres. Vous le tenez parfois contre votre cœur, l’embrassez s’il vous a touché profondément, vous en prenez soin, vous le classez, le cataloguez, l’annotez (ce que je ne fais pas), le cornez (ce que je fais rarement), le prêtez (ce que je fais avec parcimonie à un club très sélect), bref vous l’aimez, à votre manière.

Moi, c’est un peu différent. Je lui parle, je dors avec lui, le caresse, le chéri avec plus d’affection qu’il est normal de le faire. Les livres que j’affectionne particulièrement sont présents en copies multiples sur les étagères de mes bibliothèques.

Par exemple, je détiens en permanence trois copies de Lent Dehors de Philippe Djian (oui, encore Djian). Ma copie de lecture est en format poche (Folio), mais j’ai aussi l’édition originale (Bernard Barrault) et une copie au format poche pour prêter/offrir au besoin. Parce qu’il me serait impossible de me départir des deux premiers exemplaires.

Cette semaine, je me suis acheté l’édition originale de Échine, de Philippe Djian (toujours et à jamais Djian. Djian forever.), en grand format, chez Bernard Barrault, l’éditeur génial qui l’a découvert (maintenant éditeur chez Julliard, qui vient de publier les six tomes de Doggy Bag, du même auteur).

Je n’en avais pas besoin, mais récemment alors que je parlais du dit-roman avec des invités chez moi, une goutte de vin est tombée sur la couverture. J’ai failli en faire un drame (heureusement, j’ai pu l’essuyer avant tout dommage permanent, la catastrophe a été évitée). Il était temps d’avoir une copie de sécurité, de sauvegarde, de collection.

Et puis, c’est l’édition originale et elle m’a coûté que 5$ (vive les librairies de livres usagés).

Bon, je sais, je cherche à excuser mon fétichisme.

Ne faites-vous pas de même avec les vôtres?

Angoisses d’un fantasme volatile

Voilà des jours que je me tâte, hésite à écrire ce billet, remets l’exercice à plus tard, cherche mes mots, écris puis efface, remanie dans ma tête ce que je pourrais bien écrire sur le sujet ou plutôt sur cette femme.

J’ai longtemps pensé intituler ce billet « Infidèle à toutes les femmes » parce que c’est ce que j’ai ressenti lorsque j’ai pris son dernier livre dans mes mains, lorsque je l’ai eu sous les yeux. « Qu’est-ce que tu as dans ton sac? Qu’est-ce que tu t’es acheté? ». Ma maîtresse. J’ai acheté sa dernière œuvre, son dernier recueil. On me regarde d’un œil curieux, inquiet, mais je m’assume. Elle est ma maitresse, mais ne le sait pas.

J’avais réellement l’impression d’être infidèle en la lisant. Je l’ai fait seul, à l’abri des commentaires disgracieux, des jugements moraux, des yeux inquisiteurs et des railleries de tout acabit. Pas infidèle de corps, ni même de cœur, mais d’esprit. C’est peut-être encore pire.

Déjà, tous les vendredis, nous avons rendez-vous, elle et moi. Elle m’est livrée à la porte, je peste lorsqu’elle est en retard, je lui fais les yeux doux, rie avec elle, bois mon café en sa compagnie, suis touché lorsqu’elle se livre, ai le rouge aux joues lorsqu’elle se dévoile et parfois, parce que nulle relation y échappe, je me fâche et lui fait la gueule.

Lorsqu’elle paresse, je lui en veux. Lorsqu’elle se répète, je peste contre l’espace ainsi perdu. Lorsqu’elle tente de me choquer (parce qu’elle le fait parfois), je lui souris et lui fait un clin d’œil. Non, pas à moi, à d’autres peut-être, mais moi elle ne m’aura pas. Lorsqu’elle se sent confidente, je lui tends les yeux et lorsqu’elle est indécente, je les ferme.

Elle est toutes les femmes, avec ses qualités et ses défauts, ses anges et ses démons. Elle est femme de tête et sentimentale, de bon goût et kétaine à souhait, mère et amante, fatale et féministe, sérieuse et légère, femme et enfant, forte et fragile. Elle est belle, mais ne se fait pas d’illusions, elle sait que son esprit est son plus grand atout. Et quel atout.

Mais assez parlé d’elle, après tout c’est de son dernier livre dont je voulais vous entretenir.

La femme, l’auteure, ma maîtresse intellectuelle, c’est Josée Blanchette. Son dernier livre, c’est « Je ne suis plus une oie blanche ».

Je n’ai pas l’habitude de justifier les titres de mes billets, mais celui-ci aurait pu être ma critique, un descriptif du bouquin. Le fantasme, c’est elle pour certains hommes, certaines femmes, elle le dit ouvertement (personnellement, je fantasme en imaginant le prochain vendredi, sa prochaine publication, sans plus, ou à peine). Volatile, c’est l’oie et c’est aussi parce que le fantasme a cette fâcheuse habitude de s’envoler à peine consommé. C’est pourquoi elle dit qu’elle dort seule bien souvent, malgré tout.

Pour son bouquin, elle a choisi une citation de Marilyn Monroe « L’idée d’être un symbole me déplaît, mais si je dois être le symbole de quelque chose, je préfère que ce soit du sexe ». La citation aurait pu être de ma maîtresse.

Si j’ai lancé des fleurs à Josée Blanchette à propos de tout et de rien, j’aurai du commencer par celle-ci : elle sait écrire, et vachement bien. Elle joue à merveille du double sens hilarant, du vocabulaire recherché, du néologisme attendrissant et de la métaphore délirante.

« Mais pourquoi angoisses? ». Parce que ces billets, malgré la poésie qu’ils contiennent, malgré la beauté de la langue utilisée, cachent parfois (souvent) une grande tristesse, parfois une détresse vertigineuse et souvent une totale impuissance face à l’existence. Attention, je ne dis pas qu’elle EST malheureuse, mais lire quatre ans de billets choisis en moins de deux heures m’a laissé un sentiment persistant de vague à l’âme. Que voulez-vous, l’angoisse et la tristesse sont d’excellentes muses.

J’aurais voulu la prendre dans mes bras et lui dire que tout ira bien. Mais bon, entre elle et moi, c’est littéraire. Alors voilà, moi aussi j’aurais pu être tenté de chanter « Il suffirait de presque rien… » - elle n’est pas seule à connaitre Reggiani - mais l’avantage des mots, c’est qu’ils n’ont pas d’âge.

Merci Joblo.


Je ne suis plus une oie blanche

Flammarion Québec

Josée Blanchette a une chronique hebdomadaire dans le Devoir du vendredi et un blogue www.chatelaine.com/joblo

samedi 18 avril 2009

Synchronie (nouvelle)


Je l’ai sentie passer à côté de moi comme un oubli. Son parfum me rappelait quelque chose sans que ce soit précis. L’air était venu me caresser dans son sillage et j’en étais encore tout retourné quand justement je me suis tourné vers elle.

Comme si elle avait senti mon regard, l’attendait, elle était là, debout devant la porte, avec un sourire de mille étoiles. Ses yeux souriaient aussi, ainsi que ses bras, ses jambes, son manteau rouge et ses bottes noires. Derrière elle, par la vitrine, je pouvais voir l’hiver qui souriait aussi, le soleil faisait étinceler la neige comme des dents trop polies pour être vraies, comme un sourire trop grand pour être que poli.

J’ai attrapé mon sac, mon cœur et tout ce qui trainait à mes pieds : ma fierté d’homme, mes doutes, mes convictions, mon passé et mes futurs espérés. Je l’ai suivie. Elle s’est engouffrée sans sourciller dans l’hiver qui nous attendait et à petits pas m’a indiqué le chemin dans la neige. Je n’avais qu’à suivre ses traces, la pister. Malgré l’air frais j’aurais pu la suivre les yeux fermés, qu’au parfum. Elle sentait bon, elle sentait le bonheur, elle sentait le foyer d’une nuit de neige, elle sentait le café d’un matin de blizzard, elle sentait la chaleur d’un lit d’une nuit sans lumière, sous un ciel étoilé. Ses talons trouvaient le moyen de transpercer la neige et claquer sur le trottoir. Je la suivais comme on suit un métronome, comme on s’accorde sur les battements de son cœur. Je la suivais aveuglément.

Nous avons marché ainsi, moi à quelques mètres derrière elle, dans la neige sur quelques coins de rue, puis dans une ruelle. Elle s’arrêtait de temps en temps afin de s’assurer que j’étais toujours derrière elle, toujours présent, pour s’assurer que le lien invisible qui nous unissait n’avait pas été rompu par un triste revirement du destin. J’étais là, lui souriais, elle me le rendait, puis reprenait la marche. Jusqu’à cette ruelle où elle s’est arrêtée devant une palissade. N’entendant plus le claquement de ses talons, je me suis arrêté. Quelques mètres nous séparaient. Nous avons croisé nos regards, comme d’autres croisent les armes. Elle me touchait au cœur, je la transperçais à l’âme.

Elle a poussé une porte que je n’avais pas vue, y est disparue. J’ai fait craquer la neige sous mes pieds, dans un rythme désordonné, rapide, pour la rejoindre. J’avais peur de la perdre, qu’elle soit à jamais manquante. Comme ces enfants qui pleurent parce qu’ils ne voient plus leur mère, je paniquais et des larmes se tenaient prêtes à s’écouler sur mes joues rougies par le froid. J’étais persuadé qu’elle n’était plus qu’un songe d’un jour d’hiver, maintenant qu’elle était redevenue intangible, persuadé que j’avais été insouciant de laisser quelques mètres de distance entre nous pour me protéger de son éclat, persuadé que ces quelques mètres me plongeaient désormais dans un gouffre abyssal.

Lorsqu’un cœur éclate et qu’il n’y a personne pour le voir, ses rivières de sang d’encre font-elles du bruit ?

Je me suis introduit dans une cour enneigée qui s’est transformée en cour des miracles dès que je l’ai vue, debout sur le balcon. Elle tenait la porte entrouverte, comme une invitation. C’était bien une invitation et je n’ai pas hésité à franchir les quelques pas qui nous séparaient.

La cuisine était sombre. Le manteau rouge venait de disparaitre comme un éclair de feu dans le corridor et mes yeux s’habituaient peu à peu à la pénombre contrastée d’un espace défini, d’un intérieur, en opposition à l’immensité blanche, au désert hivernal. J’ai retiré mes bottes, qui maintenant me gênaient pour avancer, sous lesquelles s’allongeait désormais une flaque d’eau, souvenir d’une saison qui oubliait d’être tendre. Le manteau rouge avait disparu, mais elle était de retour.

Sans s’attarder à mon sort, sans soulever ma présence, sans venir à moi, elle s’est tournée vers une bouilloire sous laquelle elle a allumé une flamme bleue, bleue comme ses yeux. Le dossier conciliant d’une chaise salvatrice a accueilli mon manteau sans broncher.

Nous avions déjà commencé à nous dévêtir, un morceau à la fois. Était-ce trop rapide ?

Nous avons bu un café, en silence, en nous regardant, en souriant, en nous aimant sans le dire. Les paroles étaient trop approximatives pour en user à la légère. Il aurait été si facile de tout gâcher en lâchant une banalité, une imprécision nébuleuse, un souhait ridicule. Je préférais l’incertitude probable à l’improbabilité certaine.

Quand au fond de nos tasses il n’est resté qu’un filet de particules sombres, elle m’a pris par la main, me faisant lever de ma chaise, et m’a entraîné. Nous avons passé une pièce à ma droite, une chambre avec un petit lit couvert de draps blancs, une pièce à ma gauche, une salle de bain avec toutes les crèmes et petits pots dans lesquels les femmes accumulent les meilleurs onguents – leurs plus grands secrets, une autre pièce à ma droite, un salon, puis nous sommes entrés dans une chambre. Une chambre où il y avait un grand lit couvert de draps sombres. Une chambre à la lumière tamisée, aux odeurs musquées.

Nous nous sommes arrêtés. Elle a posé un doigt sur ma bouche, une main sur ma poitrine. J’ai baissé les yeux et ai vu sa main battre sous l’effet des palpitations de mon cœur. J’ai posé la mienne à côté de son sein, afin de sentir le sien. Après un moment, nos battements se sont accordés, synchronisés. Nous avons levé les yeux. J’ai plongé dans les siens, elle s’est mouillée dans les miens. Nous nous sommes embrassés.

Quand dire « Je t’aime » est un pléonasme, nul besoin d’être ostentatoire dans ses sentiments. Mes soupirs étaient prolixes. Ma respiration accélérée avait des accents de logorrhée. Mon discours silencieux était incohérent, chaotique, insaisissable de complexité. Mes caresses ressemblaient à de longs fleuves de tendresse, insensibles aux obstacles sur leur chemin, provoquant des remous, des cyclones, de typhons qui me happaient toujours plus profondément au cœur de son corps.

Nous étions soudés l’un à l’autre. D’une cadence commune, nous ébranlions la terre, les cieux, les certitudes éloquentes d’un monde qui, pourtant, en avait vu d’autres. Notre synchronie était parfaite, mesurée, sans calcul, naturelle, indécente et si pure malgré tout. L’innocence même du geste le plus naturel du monde nous liait dans un tango où personne ne menait, où les gestes se succédaient tels des pas chorégraphiés, dénombrés, quantifiés, jaugés pour leur exactitude. Nous consommions un absolu, la quintessence d’une féérie insolente. La photogénie était idéale, la plénitude du moment était à maturité, notre épanouissement sans égal.

Une fleur s’est ouverte et je l’ai couronnée d’un hommage achevé.

Nos amours avaient été isochroniques.

mercredi 15 avril 2009

Les douze travaux d’opuscules


Si j’étais absent de vos écrans, si j’étais éloigné de l’Olympe de vos grâces, pardonnez-moi c’est que j’effectuais les douze travaux d’opuscules commandés par le roi d’une lointaine contrée. Ces douze travaux, autant de vidéos, me prirent tous mon temps et toute mon attention.

Mais me voilà presque de retour. Il ne me reste plus qu’à livrer le dit produit en fin de semaine et je serai à vous.

Ne m’oubliez pas, je ne vous ai pas oubliés.

En attendant, avez-vous lus mon autre blogue?

http://www.lepanoptique.com/blog.php?id=12

lundi 13 avril 2009

Impardonnables

« - Bien sûr qu’ils vont compter tes adverbes, tes malgré que, et mesurer la taille de tes ellipses… c’est leur métier… Mais toi, tu n’es pas en train de te couper une robe de soirée, tu écris un livre… ! Ne t’occupe pas de ce qu’on écrit sur toi, que ce soit bon ou mauvais. Évite les endroits où l’on parle des livres. N’écoute personne. Si quelqu’un se penche sur ton épaule, bondis et frappe-le au visage. Ne tiens pas de discours sur ton travail, il n’y a rien à en dire. Ne te demande pas pour quoi ni pour qui tu écris mais pense que chacune de tes phrases pourrait être la dernière. Laisse-le gratter à la porte, il va se fatiguer, ou veux-tu que j’aille lui parler cinq minutes… ? »

Cette citation provient du plus grand Djian selon moi : Lent Dehors. Je l’ai ressortie parce qu’elle fait le lien entre le chef-d’œuvre qu’il constitue et son dernier roman : Impardonnables. Ce dernier est le retour du grand Djian, Djian avec un D majuscule, capitale qu’il avait perdue quelque peu au fil des ans, au fil de textes un peu plus faciles, plus simple parfois. À l’exception d’Impuretés et de Mise en bouche, bien sûr.

À plus de soixante ans, Djian a atteint son apogée, il sait écrire le salaud. Il sait écrire et ne se gêne pas pour nous en mettre plein la vue. Qu’importe les critiques mitigées ou carrément négatives, Djian écrit et est un maître de son art. Il n’a rien à envier à Hemingway, surtout pas sa fin tragique (je t’en supplie Philippe, ne te fous pas un flingue dans la gueule !).

Impardonnables, c’est le retour de Francis, le héros de Lent Dehors, sans être lui-même. Même ton, même voix, même nonchalance, vingt ans plus tard. Édith a été remplacée par Judith, alors qu’en fait elle est morte sous les traits de Johanna. Francis, l’écrivain, a perdu Johanna et sa fille dans un accident d’auto, sous ses yeux et ceux de sa fille Alice, elles ont brûlé d’un feu nauséabond qui le hante encore parfois.

Il s’est installé au Pays Basque et a refait sa vie. Sa fille unique, Alice, disparait. Son gendre, Roger, est un banquier imbécile et fini, par-dessus tout ça, il soupçonne que sa femme, Judith, le trompe. Il engage une vieille amie pour retrouver sa fille et le fils de cette même amie pour découvrir si sa femme commet réellement l’adultère.

Ce qui est merveilleux et dérangeant avec Djian, c’est sa façon de nous raconter l’agonie. L’agonie de la vieillesse, de l’écriture, de la mort, des relations humaines, du couple et des souvenirs.

Avec Impardonnables, c’est le retour des grands thèmes chers à Djian : l’écriture et les femmes. Les femmes comme dans tous ses romans et l’écriture comme dans Échine, Lent dehors, Vers chez les blancs, la trilogie Sainte-Bob, 37,2

À propos de son écriture, il écrit :

« J’avais écrit mes derniers romans en forme de blockhaus, et les circonstances semblaient indiquer qu’il était temps d’avoir recours de nouveau à ces pouvoirs, quitte à y laisser quelques plumes. J’avais écrit des romans en forme d’inextricable forêt autour de moi […] ça n’avait pas toujours été facile, certains jours s’étaient révélés plus sinistres que la mort, plus déserts que les rues d’Hiroshima après le 6 août 1945 à partir de 8h16mn02s heure locale, plus stériles que la banquise – mais j’avais tenu les chiens et leurs mâchoires à distance – et sinon obtenu un succès mitigé en librairie. »

À propos du style, il ajoute :

« Il n’était pas facile d’expliquer comment l’on pouvait passer trente années devant une feuille blanche et encore moins que le moteur de cette folie était le style – ce gouffre, cette prison, cette tanière d’où l’on parlait de l’absolue nécessité d’une phrase, de sa beauté, de sa vibration secrète, sans ciller. Si je lui lisais quelques pages à vois haute, en manière de démonstration, j’avais le sentiment d’être face à un mur, d’être arrivé aux portes du désert. »

À propos de la difficulté d’écrire, d’être un écrivain :

« Rien n’était plus dur que d’écrire un roman. Aucune besogne humaine ne réclamait autant d’efforts, autant d’abnégation, autant de résistance. Aucun peintre, aucun musicien n’arrivait à la cheville d’un romancier. Tout le monde le sentait bien. »

Et

« Oh, je sais bien ce que tu penses. Que je n’ai pas l’air exercer une profession trop pénible. Tu n’es pas le seul, figure-toi. Mais je ne me plais pas. M’as-tu entendu me plaindre ? Je sais que beaucoup d’hommes sont debout dès l’aube, je sais que beaucoup d’hommes sont exploités par leur patron, je sais tout ça. J’ai conscience de tout ça. Je sais que des hommes voient leurs champs ravagés, leurs maisons disparaître dans un nuage de fumée, leurs écoles s’écrouler tandis qu’en apparence je reste assis à contempler le ciel comme un benêt. Ha ! ha ! J’aimerais qu’écrire soit aussi simple que la couture, j’aimerais qu’écrire soit aussi facile que ça en a l’air. Eh bien non, justement. Ne crois pas ça. Ne crois pas que ça tombe du ciel. Je dois y consacrer toute mon attention. Je dois me concentre au-delà du raisonnable. Je ne peux pas avoir de question que me taraude l’esprit. Comme le vol infernal d’une abeille autour d’un massif de fleurs. »

Sur ses relations avec sa femme :

« Dix ans de mariage nous laissaient sonnés, elle et moi. Singulièrement groggy. Incapables d’expliquer clairement ce qui nous arrivait. Comme anesthésiés. Nous ne parvenions pas à le formuler mais ne faisions pas semblant de l’ignorer »

Et

« Quand elle était là, je devais trouver un moyen pour ne pas rester inactif car je sentais aussitôt son regard peser sur moi. Surtout le soir, alors qu’elle profitait de la pénombre pour me dévisager – j’imaginais de mon côté que des mots s’inscrivaient sur mon front et qu’elle pouvait les lire et je ne le voulais surtout pas. »

Sur la jalousie que l’on imagine :

« J’avais de telles visions, de telles horreurs à l’esprit que j’en suffoquais presque. J’entendais presque les râles qu’elle poussait, les mots qu’elle glissait dans l’oreille de l’homme alors qu’elle transpirait sur lui. Impossible d’y échapper. Je m’assis, triturant un torchon. »

Sur l’incapacité de conjuguer l’écriture et les femmes :

« Combien d’écrivains étaient retournés à leur roman plutôt que se lancer à la poursuite de leur femme ? Les meilleurs, sans aucun doute. Les extralucides. Les grands maîtres. »

Et, pour respecter sa tradition parfois désabusée envers les femmes :

« J’augurais de forts pénibles instants à venir si l’on s’engageait dans cette voie – il allait devoir apprendre que se jeter aux pieds d’une femme ne garantissait de rien. C’était une de ces terribles leçons de la vie, selon les mœurs occidentales. »

J’aurais encore une bonne dizaine de citations merveilleuses à vous offrir, mais je m’éloignerais de la longueur supposée d’un billet de blogue (dépassée il y a deux pages déjà). Il ne me reste plus qu’à vous conseiller de lire Impardonnables, ou tout autre Djian, réflexion faite. Bien sûr, nombre d’entre vous trouverons son style moche et désordonné, certains cesseront de me lire, mais si j’arrive à convertir un seul de mes lecteurs j’aurai fait mon devoir, je pourrai dormir en paix.

« Rien ne valait vivre en bonne intelligence. Rien ne valait une fin qui ne tendît vers un peu de lumière. Rien ne valait une fin qui ne baignât d’injuste douceur l’autre rive du roman »


Philippe Djian

Impardonnables, Gallimard

Lent Dehors, Folio

Échine, J'ai lu

Vers chez les blancs, Folio

La trilogie Sainte-bob (Assassins, Criminels, Sainte-Bob), Folio

37°2, J'ai lu

Impuretés, Gallimard

Mise en bouche, Gallimard et Folio (BD et Poche)

jeudi 9 avril 2009

Le cauchemar de l’écrivain

Écrire, c’est se livrer à nu. Pas vraiment d’un nu intégral, mais pas loin. Moi, vous vous en doutiez peut-être, ou peut-être pas réflexion faite, j’écris. Des romans, des nouvelles, de la poésie et bien sûr des blogues. Comme tout écrivain, je suis de près mes statistiques de lectures en ligne, faute d’avoir des statistiques de vente. Je vis et je meurs selon le nombre de lecteurs qui me visitent, me lisent, m’aiment et me détestent. Et au-dessus de mon lectorat anonyme, vient ce que j’appelle mon lectorat sentimental, mes proches. Amis, famille, ce que j’ai de plus cher et ce que je recherche par-dessus tout.

Je lis actuellement Impardonnables de Philippe Djian, mon auteur favori. Il décrit avec finesse l’angoisse de l’écrivain face à celles qui partagent nos vies, lorsque celles-ci délaissent nos écrits.

« […] mes livres s’empilaient sur sa table de nuit, à portée de main, prêts à être lus, caressés, dévorés. Je lui disais que je m’en fichais. Que je savais que ses journées étaient trop courtes. Que je ne lui en voulais pas une seconde. Mais elle insistait pour les garder auprès d’elle car elle allait s’y mettre à la première occasion.

Je ne prétendais pas être un homme très facile à vivre – aucune femme saine d’esprit ne peut se réjouir très longtemps de partager la vie d’un écrivain. Je ne prétendais pas davantage lui apporter tout ce qu’une femme était en droit de réclamer. Soit. Mais cela l’exonérait-il d’un minimum de délicatesse à mon égard ? Avait-elle décidé de ne rien m’épargner ? S’agissait-il d’une vengeance, d’une volonté de me faire souffrir ? »

Ne pas être lu revient, pour l’écrivain (même du dimanche) à ne pas exister.

Pourquoi vous parler aujourd’hui de mes états d’âme littéraires ?

Simplement parce que j’ai besoin d’être lu.

(Et que je n’ai pas encore fini de lire Impardonnables, j’y reviendrai)

mercredi 8 avril 2009

Apparente légitimité

Que ce soit moi qui, pour un premier avril, alimente les fantasmes des droitiers politique de ce monde ou Kim-Jong Il qui prétend se lancer dans le business satellitaire ou encore Ahmadinejad qui soutient qu’il ne s’agit que d’un programme d’électricité civile lorsqu’il s’amuse à centrifuger du plutonium, la légitimité apparente est partout autour de nous. Petite réflexion sur le subterfuge.

Pour le premier Avril, pour la fête du poisson du même mois, je me suis payé la tête de mes lecteurs, ici et ailleurs. Je me suis aussi payé la tête de collègues et de ma table Ikéa (qui me l’a rendu, multiplié par dix). Mais toute parodie n’est pas illusion et écran de fumée. Durant des années, nous avons craint que la Corée du Nord s’amuse à fissionner l’atome et nous avons fini par avoir raison. Lorsque cette même contrée a annoncé le lancement d’un satellite, la terre entière s’est mobilisée dans le doute et a soutenue qu’il s’agissait plutôt d’un test de missile longue portée. Elle avait raison.

Lorsque l’Iran affirme qu’elle ne tente pas de se procurer l’arme nucléaire, on est tenté par le doute, mais a-t-on réellement le droit de le faire et surtout, de l’empêcher par tous les moyens à notre portée, de poursuivre son programme nucléaire alors que les lois internationales permettent à tous les pays de s’auto-suffire énergétiquement à l’aide du nucléaire ?

La Corée du Nord avait les mêmes prétentions et pourtant ça ne l’a pas empêchée de se livrer à une petite expérience souterraine.

Lorsque j’ai écris mon billet du premier avril, de nombreuses personnes y ont cru. Pourquoi ? Parce que j’avançais de sérieux arguments pour souligner ma position.

Qu’il s’agisse de croire que les amerloques veulent le bien du monde entier, que le G20 sert à quelque chose, que les conservateurs ont un mandat légitime avec seulement 22% des suffrages canadiens, qu’il est normal qu’un pays veuille se munir de centrale nucléaire lorsqu’il dort sur des réserves de pétrole imposantes, qu’un pays veuille lancer des satellites en orbites ou qu’un blogueur passe soudainement à droite, le doute est permis.

Mais non seulement est-il permis qu’il est nécessaire. Parce que si la bonne foi doit cesser d’exister, nous devrons nous résigner à la banqueroute des religions, de l’éditorialisme et de la politique.

J’ai fait la connaissance de la présumé innocence avec le film Presumed Innocent en 1990. Jupiter m’avait alors expliqué les fondements de notre système juridique. J’en avais été, et je le suis toujours, émerveillé. L’innocence prévalait donc sur la culpabilité dans notre société, quelle belle profession de foi. Presque vingt ans plus tard, je suis toujours aussi reconnaissant à notre société de croire en la bonté et la bonne volonté de l’homme.

Je suis pour un dialogue ouvert avec l’Iran et même, pour un dialogue avec la Corée du Nord, mais jamais, au grand jamais, je ne voterai à droite.

Il ne reste qu’à vous d’être vigilants.

mardi 7 avril 2009

Terre des hommes

"Si nous croyons que la machine abîme l'homme c'est que, peut-être, nous manquons un peu de recul pour juger les effets de transformations aussi rapides que celles que nous avons subies. Que sont les cents années de l'histoire de la machine en regard des deux cent mille années de l'histoire de l'homme? C'est à peine si nous nous installons dans ce paysage de mines et de centrales électriques. C'est à peine si nous commençons d'habiter cette maison nouvelle, que nous n'avons même pas achevé de bâtir. Tout a changé si vite autour de nous : rapports humains, conditions de travail, coutumes. Notre psychologie elle-même a été bousculée dans ses bases les plus intimes. Les notions de séparation, d'absence, de distance, de retour, si les mots sont demeurés les mêmes, ne contiennent plus les mêmes réalités. pour saisir le monde d'aujourd'hui, nous usons d'un langage qui fut établi pour le monde d'hier. Et la vie du passé nous semble mieux répondre à notre nature, pour la seule raison qu'elle répond mieux à notre langage."

mercredi 1 avril 2009

La vérité sur la culture (Hé Ho! 1er Avril!)

Le 30 décembre dernier, sur cette tribune, je vous énumérais quelques résolutions culturelles pour 2009. Trois mois plus tard, il est temps de déposer le bilan et de vous dire la vérité. Parce vous savez? La nuit je mens. Je prends des trains à travers la plaine. La nuit je mens, je m'en lave les mains.

- Acheter un disque québécois (Sauf Céline)

Ben vous savez quoi? Je n’ai acheté qu’un disque québécois et c’est Céline sur les plaines.

- Assister à une représentation théâtrale (autre chose que Broue)

Je n’ai pas vu Broue (mais j’ai mes billets), mais j’ai été voir une pièce, complètement pourrie! Mauvais, mauvais et re-mauvais et en plus le Devoir l’avait encensée. Finito le Théâtre pour moi.

- Assister à un ballet ou à un show de danse quelconque (Paré exclu)

J’en reviens de chez Paré et croyez-moi, y’a pas meilleur show en ville. Pi la booze est pas chère.

- Découvrir un artiste et tout acheter de lui, sur lui (et en lui si vous y tenez)

Avec la crise économique, j’ai pas les moyens de tout acheter. Je me suis bien procuré Urbain Desbois, mais juste avant qu’il me dise en pleine face que j’aurais dû le télécharger, alors voilà ce que je fais : je télécharge!

- S’abonner à un quotidien, un périodique ou à Discovery Channel (ou à Sex Channel, si la chanson vous a marquée)

J’ai arrêté de lire le Devoir et le Time, j’ai commencé à lire la Presse et le Newsweek (et parfois le Chatelaine ou le Coup de pouce). Et j'ai toujours été abonné au Sex Channel

- Participer à un happening, n’importe lequel (oubliez Night Shyamalan pour un soir)

Si vous regardez bien dehors, c’est moi qui cours sous votre fenêtre, nu.

- Regarder un film français qui n’a pas été vu par des millions de gens

Vous savez ce que j’ai regardé hier soir? Le fabuleux destin d’Amélie Poulain. Et vous savez ce que j’avais écouté avant? Terminator 3. Et après? Jackass.

- Assister à une comédie musicale (plus que facultatif, d’une qualité douteuse, mais un sujet de conversation qui dure)

J’essayais d’être gentil quand j’ai écrit ça, c’est vraiment pas nécessaire, en fait pas du tout. À moins que vous ayez la chance de vous rendre à Londres ou à New York, ce qui se fait ici est plus que douteux. Passez outre.

- Voir un film américain

Eux zotres y l’ont l’affaire!

- Acheter n’importe quoi en anglais dans le but de vous cultiver

Les articles dans Playboy, ça compte.

Et puis zut, faite bien ce que vous voulez, c’est le premier avril qu’une fois par année!

Je ne voterai plus jamais à gauche



Sérieusement, à quoi ça sert? J’ai voté à gauche toute ma vie et ça n’a rien changé et pire : je n’ai jamais remporté une élection. Jamais mon vote n’a permis à quiconque de prendre le pouvoir, que ce soit au niveau municipal, provincial ou fédéral. Alors aujourd’hui, tout ça va changer.

Désormais, je vote avec la masse, comme à la messe je me mettrai à genoux devant la parole du seigneur et serai aveugle et j’aurai la foi. Au fédéral, aux prochaines élections, je vais voter Libéral. Pas parce que je crois qu’ils sont les meilleurs (ils le sont, en fait ils sont réellement le parti du pouvoir, les conservateurs n’étaient qu’une passade – comme certains amours futiles suite à une trop longue relation), mais simplement parce qu’il n’y a pas d’avenir à voter NPD ou BQ. Pourquoi voter pour un parti qui a dix députés ou un autre qui ne tient pas au pouvoir? Sérieusement!

Au provincial, j’ai voté Québec Solidaire, j’ai été déçu, j’ai voté Parti Québécois et j’ai encore été déçu, la prochaine fois, je vote Libéral, je serai peut-être encore déçu, mais au moins je serai encore au pouvoir. Et puis, il a raison ce mec, laissons-le gouverner! Laissons-le nous vendre morceau par morceau aux intérêts privés, si ça peut nous renflouer qu’importe qu’on y perde quelques plumes et un peu de patrimoine. Et puis son idée du Grand Nord est excellente, y’a personne, qu’un peu de nature, aussi bien bâtir, exploiter, miner, puiser, hydroélectriciter! Et puis, puisqu’on a de la difficulté avec nos sites d’enfouissements dans le bas du Québec, faisons notre enfouissement dans le haut! Pas grave si ça pu là-bas!

Au municipal, j’hésite encore, mais s’il y a un con fini de droite, croyez-moi, il aura mon vote, parce qu’on le veuille ou non, c’est toujours la droite qui prend le pouvoir et c’est elle qui bardasse nos vies. Même quand la gauche arrive à se hisser, elle ne fout rien, se perd en règlementation et en problèmes éthiques bâtards.

Je ne voterai plus jamais à gauche et vous ne devriez pas non plus. Les droits humains nuisent à la prospérité économique, c’est pas de moi, c’est de Mme Clinton. Il faut être réaliste, les républicains font bouger les choses et les démocrates (même majoritaires) n’arrivent pas à faire passer quoi que ce soit. L’égalité des sexes, c’est déjà fait, on peut en revenir. La peine de mort, ça coûte moins cher que la détention à perpétuité. Le registre des armes à feu n’a pas fait ses preuves, pas plus que la gratuité du système de santé qui nous coûte 45% du budget provincial : imaginez ce qu’on ferait avec ce pognon! Moi aussi je veux des sables bitumineux! Je veux moins d’impôt et je veux payer pour ce que j’utilise comme service, j’en ai les moyens, que les autres se trouvent une meilleure job!

Je m’enligne sur l’opportuniste de Dutronc :

Non jamais je ne conteste
Ni revendique ni ne proteste
Je ne sais faire qu'un seul geste
Celui de retourner ma veste,
de retourner ma veste
Toujours du bon côté


Prenez en note cette date, parce qu’à partir d’aujourd’hui je suis un homme de droite. J’ai envie de gagner moi aussi.

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