Il y a près de dix ans, lorsque j'ai entrepris d'écrire un roman pour la première fois, Chutes de reins, je l'ai fait pour une mauvaise raison : pour gagner le cœur d'une femme. Pas qu'elle n'en valait pas la peine, mais je ne savais pas encore que l'on ne doit écrire d'abord que pour soi. Bien de l'encre a coulé depuis et aujourd'hui, alors que Tempête de cerveau s'apprête à fêter son sixième anniversaire je m'interroge enfin : écris-je pour les bonnes raisons?
J'y étais, j'y suis de moins en moins.
L'urgence d'écrire se présente encore, mais plus rarement. Souvent, je reprends le chemin de mon clavier simplement pour ne pas être oublié, délaissé, pour ne pas vous laisser en reste. Est-ce que ce blogue me botte le cul pour m'obliger à écrire ou est-ce que je m'oblige à écrire pour ce blogue par peur de me faire botter le cul?
Oui, j'ai envie de tout laisser tomber.
J'y pense, de plus en plus sérieusement.
Pour de bonnes et de moins bonnes raisons, évidemment.
J'y pense parce que le temps, ce salaud, se fait de plus en plus rare. J'y pense par l'inspiration, cette infidèle, me délaisse peu à peu. J'y pense parce que... J'ai réussi à écrire et même à être, d'une certaine façon, reconnu pour l'effort que j'y ai mis. Aujourd'hui, d'autres défis m'attirent.
Comme j'ai abandonné la vidéo, la photo, aujourd'hui je me demande si je ne devrais pas délaisser ce blogue. Ce blogue seulement, parce que oui, je sais, je vais continuer à écrire. Je suis incapable de m'arrêter. Donc, il n'y a que ce blogue dans la balance.
D'autres raisons? J'ai trop de lecteurs. Trop de personnes connaissent ce blogue, trop de gens près de moi. Bien malgré moi, je me censure. Ce n'est pas mon genre. Si cet espace m'a permis de rencontrer des gens merveilleux, dont ma Douce, s'il m'a permis d'être aimé, de souder des amitiés, de passer certains messages, aujourd'hui il est trop souvent mon plus grand souci.
J'aurais envie d'un blogue anonyme, sans page Facebook, sans adresse donnée à tout un chacun. J'aurais envie d'écrire de façon voilée ce que je pense des gens, de leurs comportements, de mon boulot, de ma vie privée, de mes amitiés, de ma famille, sans devoir craindre le moment où on me demandera de me justifier. J'en ai marre aussi de ceux qui croient que me lire leur suffit pour me connaître.
Et puis...
Si je veux finaliser ce recueil de nouvelles qui me fait envie, si je veux m'attaquer à la correction d'un roman, si je veux me remettre à l'écriture romanesque, je dois pouvoir le faire en n'écrivant rien d'autre pour un temps. Ne pas écrire ici, un mois, serait l'équivalent d'un suicide littéraire. Déjà, vous m'avez puni lorsque je n'ai qu'écris 214 billets l'année dernière, plutôt que 464 l'année précédente. J'ai perdu des milliers de lecteurs. Pas des dizaines, pas des centaines, mais bien des milliers. Et le temps, comme je l'écrivais plus tôt, ne me permet plus de m'oublier devant mon écran aussi souvent que j'aimerais le faire.
Et puis, avouons-le, je n'écris plus aussi bien. Ma verve s'est embourbée dans un marasme de formes fautives, d'ellipses qui n'en finissent plus; le verbe n'est souvent plus inspiration, mais exercice de style.
Ok, je sais écrire, puis-je écrire maintenant?
Ce billet n'est qu'une réflexion, un peu cahoteuse, mais ça me fait du bien de la partager.
Rien n'est joué. Avril est loin et si disparition il y a, ce ne sera pas avant que Tempête de cerveau ne célèbre ses six ans sonnés.
Ça me fait du bien et ça me fait mal de l'écrire.
C'est une grosse décision, mais je suis certaine que tu prendras la bonne. Mais si tu le fermais, Je me console en me disant que moi, j'aurai le privilège de te lire quand même : )
RépondreSupprimerJ'ai été un voyeur, commentant très rarement, et - je l'admet - n'appréciant pas toujours à sa juste mesure ce que je lisais, comme tu t'en doutes fort.
RépondreSupprimerDès que le vent soufflera
Nous repartira
Dès que les vents tourneront
Je me n’en allerons
Mais si tu le fermais, je me console en me disant que moi, j'aurai peut-être le coup de pied au derrière qui me fera t'écrire pour te lire?